Renaissance du Brill à Dudelange Imprimer

Tags: Fonds du Logement

Le Fonds du Logement 30 ans - Articles

Au début des années 80, Le Fonds du Logement entreprend la sauvegarde d'un quartier historique de Dudelange, menacé d'une disparition quasi inéluctable.

Un peu d'histoire…

En 1897, Emile Mayrisch, ingénieur-métallurgiste né à Eich en 1862, devient directeur des anciennes forges de Dudelange. Dès 1898, il entreprend les travaux de construction d'une cité destinée à accueillir les ouvriers et employés de l'usine sidérurgique de Dudelange. C'est ainsi que sera créé le quartier «Brill», qui restera presque inchangé pendant près de 80 ans.

L'idée de base de ces «Aarbechter-kolonien»(1) consistait à procurer à ses ouvriers et employés, ainsi que leurs familles, des logements aux loyers extrêmement bas. Ils pourraient en bénéficier jusqu'à leur retraite, pour autant qu'ils ne quittent pas leur employeur.

Un quartier menacé de démolition

La prospérité croissante entraîna au fil des ans une amélioration de la position sociale des ouvriers luxembourgeois, si bien que bon nombre de ménages pouvaient désormais envisager d'acquérir un logement en propriété ou de louer un appartement dans les quartiers plus «aisés». Peu à peu, l'Arbed commençait à aliéner ses cités,soit en les vendant à bas prix aux locataires, soit en les cédant au plus offrant, en les vendant comme nouveaux terrains à bâtir à des entreprises de construction qui démolissaient les habitations existantes.

C'est bien le sort qu'a failli connaître le Brill en 1978. Celui-ci a été sauvé à la dernière minute grâce à l'entrée en vigueur, en février 1979, d'une nouvelle loi sur le soutien au logement, prévoyant la création du «Fonds pour le logement à coût modéré».

Le Fonds du Logement s'est très vite rendu compte du charme de ce vieux quartier si beau et si calme. Il a alors chargé le bureau d'architecture luxembourgeois Bauer-Goe-dert-Schmitz de réaliser une étude sur la modernisation de ce quartier. Jamais il ne fut question de démolir celui-ci, d'autant que la plupart des maisons se trouvaient toujours en bon état. On allait donc procéder à sa restauration.

Le réaménagement du Brill

Le nouveau plan d'aménagement du quartier Brill a suivi une conception architecturale qui, pour une fois, ne mettait pas l'accent sur l'exploitation maximale des terrains à bâtir ou la circulation automobile, mais sur l'homme. Le projet du Brill avait pour objectif de préparer le terrain pour la construction de logements subventionnés au Luxembourg, tout en servant de modèle pour l'avenir(2). L'aménagement de rues résidentielles, telles qu'il en existe depuis longtemps en Hollande, en Suède, au Danemark ou en Suisse, s'est rapidement imposé comme une nécessité. En effet, elles permettent par exemple aux enfants de jouer dans la rue sans danger, ou encore aux personnes âgées d'être à l'abri des nuisances de la rue tout en participant à la vie urbaine. La rue résidentielle suit le modèle du village traditionnel, où le rythme de vie des habitants n'est pas perturbé par des voitures passant en trombe.

Grâce à différents éléments architecturaux, les rues E. Mayrisch et N. Metz ont permit d'offrir une physionomie moins monotone à l'ensemble du quartier, tout en ramenant à la raison les automobilistes un peu trop pressés. En effet, les rues résidentielles limitent la vitesse à 30 km/h. Aussi, chaque maison dispose de possibilités de parking devant sa porte. Les constructions nouvelles possèdent également des garages. Quant à la rue centrale V. Tesch, totalement interdite au trafic automobile, elle fut aménagée comme rue «réservée au jeu des enfants». Afin de garantir à un plus grand nombre de familles un logement confortable dans le Brill, une phase ultérieure de travaux a prévu la construction de trente nouvelles maisons unifamiliales, qui s'intégrèrent sans problème dans ce quartier historique. Ces nouvelles maisons furent réalisées selon une approche novatrice pour l'époque. En effet, le système de construction permet aux habitants de bénéficier d'un logement individuel où peuvent être réalisées leurs idées personnelles. Le gros-œuvre ne comportant pas de parois porteuses intérieures, le propriétaire ou locataire est libre d'opter pour l'agencement qui lui convient le mieux. Ce système permet de créer à la fois des pièces visuellement ouvertes et fermées.

Aussi, l'ensemble du quartier est alimenté par un chauffage collectif par cogénération, de loin plus économique et plus écologique que le brûleur à mazout individuel. Chaque maison fut ainsi raccordée moyennant un conduit souterrain au réseau de chauffage à distance alimenté par la centrale de chauffage. Les frais de chauffage par logement sont ainsi beaucoup moins élevés, chaque ménage restant entièrement libre de régler la température en fonction de ses besoins. Tout comme pour l'eau et l'électricité, les frais seront calculés sur la base de la consommation individuelle

Notes:

1) Littéralement: «colonies ouvrières».

2)  Notons que le Service des Sites et Monuments Nationaux s'est déclaré enthousiasmé à tel point par le projet du Brill qu'il a accepté de présenter la Renaissance du Brill sur le plan international dans le cadre de la campagne Renaissance de la Cité lancée par le Conseil de l'Europe.

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