Entretien avec Monsieur Roland Kuhn Imprimer

Tags: Fonds du Logement

Le Fonds du Logement 30 ans - Articles

roland-kuhn

roland-kuhn

Roland Kuhn est administrateur délégué de l'entreprise de construction Kuhn S.A. Depuis 2007, il est également Président de la Chambre des Métiers, dont les principaux objectifs sont la représentation et la défense de l'artisanat luxembourgeois.

Architecture & Bâtiment: Monsieur Kuhn, pourriez-vous brièvement expliquer à nos lecteurs en quoi consiste le rôle de la Chambre des Métiers?

Roland Kuhn: La Chambre des Métiers est un établissement public créé par la loi du 4 avril 1924 qui défend les intérêts de plus de 5000 entreprises artisanales occupant environ 70 000 salariés. La Chambre des Métiers participe à la procédure législative en élaborant des avis sur les projets de lois et de règlements qui sont d'un intérêt général et qui intéressent directement l'artisanat.

Un deuxième pilier de notre activité concerne la formation initiale, la formation menant au brevet de maîtrise et la formation continue. La Chambre des Métiers gère notamment les contrats d'apprentissage et organise les cours menant au CATP et au brevet de maîtrise. Dans le domaine de la formation continue, nous offrons des formations dans le domaine de la gestion d'entreprise, du développement personnel et de la technologie.

Enfin, nous offrons à nos ressortissants un service d'assistance et de conseil dans les domaines touchant à la création et à la transmission d'entreprise, la gestion journalière, l'innovation, le transfert de technologies et l'écologie.

A&B: Quelles sont vos priorités en tant que Président?

Roland Kuhn: Ma priorité absolue est la sauvegarde, voire la promotion de la situation compétitive des entreprises artisanales luxembourgeoises. Trop souvent dans la discussion publique, compétitivité rime avec profit pour l'entrepreneur et perte d'acquis sociaux pour les salariés. Or, il ne faut pas oublier que seule une économie hautement compétitive est capable de créer suffisamment de richesses pour alimenter les finances publiques et pour financer un système social aussi performant que le nôtre. La compétitivité de nos entreprises est donc un enjeu économique et social de tout premier ordre.

Pour réussir ce défi, il nous faut agir sur deux plans. L'un concerne le cadre législatif et réglementaire et l'autre a trait à l'entreprise proprement dite

.

En ces temps de crise, il serait opportun de resserrer les rangs et de mettre un maximum d'atouts de notre côté. La Chambre des Métiers, ensemble avec la Fédération des Artisans, militent pour l'introduction de procédures simplifiées, pour un allègement des charges administratives ainsi que pour la création de nouvelles zones d'activités auxquelles les PME auront également accès.

En ce qui concerne les procédures dans le domaine de la construction, les organisations de l'artisanat entretiennent un dialogue très encourageant avec le Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire en vue de réduire les délais d'autorisation. Nous venons également de présenter, sous l'égide de l'UEL, un rapport au Gouvernement sur les mesures de soutien en faveur du secteur de la construction, notamment en débloquant des projets d'infrastructure. En règle générale, l'artisanat plaide en faveur d'un encadrement légal et administratif qui facilite et encourage l'action économique au lieu de la bloquer par des lourdeurs excessives.

Le deuxième facteur déterminant est l'entreprise même. Il faut bien positionner son entreprise sur le marché, être prêt à innover, à s'adapter aux attentes de la clientèle, à défendre les marchés acquis et à en conquérir de nouveaux, le tout encadré par un droit d'établissement moderne qui ne pénalise pas les entreprises luxembourgeoises face à la concurrence étrangère.

Dans ce contexte aussi, la Chambre des Métiers s'efforce d'assister les entreprises dans leurs démarches en leur proposant des services et des formations ciblés.

A&B: Le 1er janvier 2009, un statut unique pour tous les salariés du secteur privé doit être introduit. Pour-riez-vous nous en toucher quelques mots?

Roland Kuhn: Avec l'introduction du statut unique, le Gouvernement veut supprimer les différences entre le statut des ouvriers et le statut des employés privés dans le domaine du droit du travail et du droit de la sécurité sociale. Bien que l'artisanat n'ait jamais été demandeur pour une telle mesure, nous étions prêts à entamer les discussions au sein de la tripartite à condition que la réforme ne mène pas à des coûts supplémentaires à charge des entreprises et que les intérêts spécifiques des PME intensives en main d'œuvre soient respectés. Le Gouvernement et les syndicats, quant à eux, voulaient tout simplement étendre les avantages des employés aux ouvriers, comme par exemple la continuation du salaire, la majoration des heures supplémentaires, le trimestre de faveur, etc. Au fil de longues négociations, nos positions se sont rapprochées.

Finalement, le Gouvernement nous a garanti la neutralité financière de la continuation du salaire et le respect des spécificités des PME. En ce qui concerne les heures supplémentaires, nous avons trouvé une solution qui profite aux salariés sans pour autant coûter plus cher aux entreprises. Au niveau des contrôles et de la lutte contre l'absentéisme abusif, le Gouvernement nous a fait des concessions politiques qui, pour l'instant, ne se retrouvent ni dans le projet de loi, ni dans les statuts de la Caisse Nationale de Santé. Vu que des deniers publics sont en jeu et que les finances publiques ne sont pas au beau fixe, un contrôle rigoureux s'imposerait.

N'oublions pas que la tripartite qui a décidé du statut unique avait vocation à améliorer la compétitivité de l'économie nationale. Nous sommes donc d'avis que le Gouvernement actuel et celui qui sortira des prochaines élections législatives devront concentrer leurs efforts sur l'économie.

A&B: La Chambre des Métiers et les entrepreneurs en général investissent beaucoup dans la formation initiale et continue . Or, une fois formés, nombreux sont ceux qui quittent le privé pour la fonction publique. Quel regard portez-vous sur cela?

Roland Kuhn: C'est un phénomène qui vaut pour l'ensemble de l'artisanat et qui nous préoccupe au plus haut degré. Vous imaginez la frustration d'un chef d'entreprise qui a investi pendant des années dans la formation et la qualification d'un jeune homme ou d'une jeune femme et au moment où cette personne est en passe de devenir productive, celle-ci quitte l'entreprise pour conduire un bus ou pour occuper une loge dans une école.

Il ne faut pas oublier que c'est aussi la prochaine génération d'entrepreneurs qu'on sort ainsi du circuit productif. Si nous voulons garder une certaine emprise sur la destinée de notre économie, le Gouvernement et les communes ne devraient plus favoriser le repli de la population luxembourgeoise sur le secteur public. L'annonce du Premier Ministre d'abaisser les salaires d'entrée au niveau du secteur public est un premier signal fort dans la bonne direction.

A&B: Le Fonds du Logement fêtera en février ses 30 ans. Quels rapports entretenez-vous avec le Fonds?

Roland Kuhn: La Chambre des Métiers et les entreprises de construction entretiennent d'une manière générale de bonnes relations avec le Fonds du Logement. Le Fonds du Logement est le premier promoteur public actif dans le domaine du logement social et un important client de nos entreprises de construction et de parachèvement.

Toutefois, nous avons des doutes quant au fait que les nouvelles prérogatives que le plan logement arroge au Fonds en ce qui concerne notamment le droit de préemption et le traitement fiscal soient justifiées. Il importe de ne pas désavantager le secteur privé par rapport à la main publique. Or, par les deux mesures précitées, l'entrepreneur-constructeur aura à l'avenir de grandes difficultés à acquérir des terrains. Soit le terrain est couvert d'un droit de préemption que l'Etat, la commune et le Fonds peuvent exercer à tout moment, soit la vente à l'Etat et aux communes est favorisée par le fait que le propriétaire obtient une exemption fiscale sur la plus-value réalisée.

L'artisanat est d'avis que les promoteurs publics et privés doivent être traités sur un pied d'égalité en ce qui concerne le droit d'accès au terrain, les avantages fiscaux, le droit d'engager un PAP dans la procédure et les aides consenties en matière de la construction de logements à coût modéré.

Share this post