Entretien avec Claude Wiseler Ministre du Développement durable et des Infrastructures Imprimer

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 Entretien avec  Claude Wiseler  Ministre du Développement  durable et des Infrastructures

Claude Wiseler Ministre du Développement durable et des Infrastructures

Echo:

Quelle sont les grandes lignes de votre politique en ce qui concerne l’efficacité énergétique des bâtiments?

Claude Wiseler:

A partir de 2010, tous les nouveaux bâtiments créés parle gouvernement seront des constructions type «basse énergie». Nous portons aussi nos efforts sur les bâtiments existants afin de les mettre à niveau. Voilà pour la théorie. La question est maintenant de savoir quelle stratégie adopter pour atteindre cet objectif.

Nous avons remarqué qu'à chaque fois que nous installions des technologies trop sophistiquées, les résultats laissaient souvent à désirer. L'efficacité résidant souvent dans la simplicité, nous avons décidé de nous concentrer sur l'essentiel, à savoir une planification globale intégrant un concept énergétique spécifique et adapté à chaque projet. Les efforts se concentrent essentiellement sur une bonne enveloppe avec des isolations thermiques très performantes (les valeurs d'isolation thermique visées sont de 20 à 40% plus sévères que celles exigées par la réglementation en vigueur), des façades et des toi tures étanches au vent et une protection solaire très efficace. Une inertie thermique appropriée permet, en outre, de rendre les bâtiments assez insensibles aux changements des charges thermiques et de profiter dès lors d'un maximum de l'énergie solaire passive en hiver et d'un refroidissement nocturne en été. Par ailleurs, l'Atert-Lycée a récemment reçu la certification allemande DGNB (Deutsche Gesellschaft für Nachhaltiges Bauen) pour avoir été réalisé selon les critères de durabilité ; c'est le premier établissement scolaire en service et le premier bâtiment achevé au Luxem bourg qui à reçu cette distinction (argent).

Echo:

Privilégiez-vous certains types de chauffage?

Claude Wiseler:

Nous ne privilégions aucune technologie au niveau du chauffage; nous choisissons à chaque fois le système le mieux adapté, au cas par cas. Si une cogénération est en place, on l'utilise. On peut aussi recourir à un système à copeaux de bois si cela s'avère judicieux ou encore à des systèmes plus traditionnels au gaz ou au mazout.

Echo:

Et en ce qui concerne les énergies renouvelables?

Claude Wiseler:

Nous essayons à chaque fois d'investir 1% du coût de luer l'opportunité et de choisir l'énergie renouvelable la mieux adaptée. Nous avons ainsi installé des collecteurs thermiques au campus scolaire «Geesseknäppchen» et au lycée technique Mathias Adam à Pétange, des panneaux photovoltaïques au CIPA à Dudelange et au lycée technique Mathias Adam à Pétange. L'Uelzecht-Lycée à Luxembourg Dommeldange a été raccordé à une centrale à copeaux de bois et l'Atert Lycée de Redange/Attert à une centrale de cogénération à base de biogaz, etc. Au niveau des projets en cours, nous allons installer des panneaux photovoltaïques au LT Nic Biever à Dudelange, des sondes géothermiques au bâtiment Konrad Adenauer au Kirchberg, réaliser une chaufferie à base de copeaux de bois au lycée de Junglinster, etc.

Echo:

Comment choisissez-vous les matériaux de construction?

Claude Wiseler:

Nous suivons les recommandations formulées par le dossier écologique «Leitfaden für nachhaltiges Bauen und Renovieren» proposant la mise en œuvre de produits et matériaux pour les différents corps de métier répondant au mieux à des critères écologiques. Ceci est spécifié dès les études pour les projets de construction et d'assainissement des bâtiments publics. Ainsi, l'utilisation du bois exotique est prohibée depuis des années et le câblage électrique est généralement du type sans halogène. De même, les revêtements de sol en PVC sont remplacés par d'autres produits compatibles avec les revendications écologiques.

Echo:

Faites-vous des efforts pour utiliser l’eau de façon rationnelle?

Claude Wiseler:

En règle générale, une étude d'opportunité d'une récupération des eaux pluviales est réalisée. En outre, des équipements sanitaires économisant l'eau sont installés si c'est possible. Nous avons par exemple installé un système de récupération des eaux pluviales pour l'alimentation des toilettes au campus scolaire «Geesseknäppchen» et des urinoirs fonctionnant sans eau au lycée technique Mathias Adam à Pétange et à l'Atert-Lycée à Redange.

Echo:

La gestion des déchets a aussi fait partie de vos recherches...

Claude Wiseler:

Effectivement. Après le projet pilote sur le chantier de la 4ème extension de la Cour de Justice des Communautés européennes en collaboration avec la SuperDrecksKëcht® fir Betriber, qui a d'ailleurs obtenu le label de qualité pour la gestion des déchets, l'administration des bâtiments publics a lancé le développement d'un concept type pour les chan tiers publics en collaboration avec l'administration de l'environnement pour la collecte, le tri et le stockage des déchets, la recherche des moyens de valorisation et d'élimination appro priés, la mise en place de moyens de prévention d'après les objectifs fixés par la loi concernant la prévention et la gestion des déchets de 1994. Cette mesure s'intègre parfaitement dans le cadre du plan national des déchets et du plan national pour un développement durable et permet une gestion écologique et économique des chantiers publics tout en ayant une influence prolifique sur la sécurité au travail sur les chantiers publics.

Echo:

Si construire en basse énergie ou rénover un bâtiment «normal» est plutôt «facile», qu’en est- il des bâtiments historiques?

Claude Wiseler:

C’est moins facile! Les bâtiments de l'Etat sont souvent des bâtiments historiques, ce qui rend le travail bien plus pointu. Il n'y a pas de règle. Il faut concilier économies d'énergie et préservation du patrimoine. Pour cela il faut faire des compromis. On peut citer par exemple le travail qui a été réalisé sur la Chambre des Députés. Par ailleurs, en 2009-2010, nous avons, avec le paquet conjoncture, dépensé deux fois dix millions pour aider nos petites entreprises. Du coup, un grand travail d'assainissement a été réalisé sur les bâtiments appartenant à l'Etat.

Echo:

Quelques mots pour conclure?

Claude Wiseler:

Depuis 2009, nous achetons uniquement de l'énergie verte (ndrl : procédure par adjudication européenne) qui est à 100% à base d'énergie hydraulique, éolienne, issue de la biomasse ou du soleil. Enfin, et je terminerais sur ces projets, l'administration des bâtiments publics est en train d'élaborer deux projets pilotes : un bâtiment administratif et un lycée, afin d'en faire des bâtiments à énergie positive. Ces bâtiments produiront plus d'énergie qu'ils n'en consommeront .

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