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Paul Helminger Bourgmestre de la Ville de Luxembourg

Paul Helminger Bourgmestre de la Ville de Luxembourg

Echo:

Pourriez-vous revenir brièvement sur l'origine de LEO? Paul Helminger: La Ville de Luxembourg a toujours joué un rôle important dans la distribution d'énergie pour ses habitants. Nous avons, dans le cadre de la libéralisation du marché de l'énergie, dû créer une société chargée de la distribution de l'électricité et du gaz: LEO. Aujourd'hui, les habitants de Luxembourg sont libres d'acheter leur énergie où bon leur semble.

Echo:

Peut-on parler de succès aujourd'hui?

Paul Helminger:

LEO s'est plus que bien défendu. En quelques années, il a fallu créer la société, puis mettre en place le système informatique. Cela a été un beau succès. LEO a toujours été compétitif pour les clients, et a toujours été rentable pour les finances communales. Nous avons aussi, avec LEO, défendu certaines valeurs. Ainsi, nous avions décidé d'aller au-delà des objectifs de l'alliance pour le climat. Nous proposons en effet une énergie à 65% verte sans aucun surcoût pour les clients. Nous proposons aussi à nos clients des contrats avec 100% d'énergie verte. Si quelques centaines de ménages ont souscrit à l'offre 100% verte, c'est surtout au niveau des institutions et des grandes entreprises, notamment du secteur bancaire, que l'on constate une forte demande.

Echo:

Vous limitez-vous au périmètre de la Ville de Luxembourg? Paul Helminger: Les institutions et groupes bancaires ont tendance à acheter leur énergie groupée. Ainsi, la maison mère d'une banque achètera l'énergie pour l'ensemble de ses agences. Cela nous a obligé, de fait, à dépasser les frontières de notre réseau. Ce genre de marché se traite par soumission. C'était un défi assez nouveau car on a compris que l'on ne pourrait pas survivre sans avoir une stratégie de défense et de conquête. Pour une telle stratégie il nous fallait nouer des partenariats.

Echo:

Quels sont les choix qui s'offraient à vous?

Paul Helminger:

Nous avons d'abord cherché des partenariats proches. Cela n'a pas abouti car tous les par tenaires possibles se sont retrouvés au sein de Creos et Enovos, tant les concurrents que les anciens fournisseurs d'énergie de la Ville. Nous avons donc choisi de négocier notre prise de participation dans cette grande société nationale. La vraie question qui se pose est la suivante: voulons-nous rester maître chez nous et risquer de se faire écraser dans un marché concurrentiel ou rejoindre une société solide dont la ville deviendrait le principal actionnaire?

Echo:

Que répondez-vous aux syndicats qui aimeraient que rien ne change?

Paul Helminger:

Je comprends les inquiétudes des syndicats quant à la sauvegarde de l'emploi. C'est d'ailleurs pour cela que le parlement a voté le détachement possible des fonctionnaires vers une société privée sans que leur statut ne change. Une fois rassurés sur la sauvegarde de leur emploi, je comprends moins les résistances des syndicats. Ne rien changer signifie risquer de se faire manger par la concurrence, autrement dit représente un véritable risque pour l'emploi à moyen terme. La Ville a la charge totale du réseau. C'est encore une raison de rassembler dans une société nationale l'ensemble des acteurs puisque cela augmentera leur masse critique sur les marchés de l'énergie et nous permettra de mieux investir dans des projets de production à l'étranger . Faire partie du groupe Creos Enovos nous permettra également de profiter de synergies et d'entretenir aussi bien notre réseau à moindre coût. Ceux qui craignent que le réseau soit ensuite moins bien entretenu nourrissent des craintes irraisonnées. Les actionnaires de Creos Enovos sont ceux qui détenaient Cegedel depuis de nombreuses années et la Ville de Luxembourg deviendrait le principal actionnaire de la société. Il n'y a donc aucune raison que le réseau soit moins bien entretenu demain qu'aujourd'hui.

Echo:

Pensez-vous que le Luxembourg pourrait un jour, si ce n'est accéder à l'indépendance énergétique, tout du moins limiter sa dépendance?

Paul Helminger:

Nos ressources naturelles ne sont pas énormes. Il y a bien quelques petits barrages que l'on pourra encore construire. Il y a aussi la technologie qui évolue et qui nous permettra d'améliorer notre chauffage urbain par exemple. Il y a également de nombreuses économies d'énergie à réaliser en rendant l'ensemble de nos bâtiments énergétiquement économes sinon mêmes neutres. Tout ceci fera baisser le degré de dépendance du pays mais nous devrons toujours acheter l'essentiel de l'énergie à l'étranger.

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