Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Pierre Wolff : J’occupe le poste du Directeur général de la Direction générale de l’Energie depuis à peine une année suite à une réorganisation des services du ministère de l’Economie et du Commerce extérieur. Je suis aujourd’hui responsable d’une équipe de 10 personnes. Auparavant, j’étais en charge de la direction de l’énergie, qui était intégrée, à l’époque, dans une autre Direction générale.
Quelles sont les attributions de la Direction Générale de l’Energie ?
Pierre Wolff : La Direction générale de l’Energie s’occupe des questions liées aux produits pétroliers, au gaz naturel, à l’électricité, aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique.
Notre équipe s’occupe notamment de créer le cadre légal qui permet au pays de disposer des produits énergétiques dont il a besoin. Notre travail se fait en collaboration constante avec d’autres ministères et d’autres acteurs, provenant du secteur privé ainsi que public, concernés directement ou indirectement par la politique énergétique.
Quels sont vos grands chantiers en cours ?
Pierre Wolff : Au cours des derniers mois, nous avons travaillé sur la législation en matière des marchés de l’électricité et du gaz naturel ainsi que sur certaines réformes en matière de performance énergétique des bâtiments et des énergies renouvelables. Ces réformes visent une réduction considérable de la consommation des bâtiments et ont pour but de donner un nouvel élan au développement des énergies renouvelables. En outre, nous sommes actuellement en train de préparer la réforme de la législation sur les produits pétroliers. Notre pays doit disposer de 90 jours de stockage pétrolier pour respecter les obligations prescrites au niveau européen et international. L’objectif de la nouvelle législation est de renforcer le cadre législatif pour le secteur des produits pétroliers et la création d’une agence nationale de stockage poursuivant notamment l’objectif de soutenir la création de nouvelles capacités de stockage national sur notre territoire. Deux nouveaux sites sont actuellement poursuivis, un premier à Bascharage et un second à Cessange et le gouvernement soutient un projet privé de capacités de stockage dans le port de Mertert. Ainsi, la sécurité de l’approvisionnement national pourra être renforcée de façon considérable dans un secteur dont on est dépendant de nos pays limitrophes: Nos produits pétroliers viennent à 74% de la Belgique, à 10% de l’Allemagne, à 8% de la France et à 8% des Pays-Bas. Ils sont acheminés à 50% par la route, 23% par le rail, 16% par barge et 11% par pipeline.
Quels sont vos projets en ce qui concerne l’électricité ?
Pierre Wolff : Des travaux sur une nouvelle réforme du cadre législatif dans ce secteur sont actuellement en cours et vont entrer en vigueur prochainement. Notre Direction générale vise en outre une meilleure interconnexion de notre pays avec les réseaux électriques de tous les pays limitrophes. Actuellement, le pays est raccordé aux réseaux allemand et belge. Des interconnexions supplémentaires permettront d’optimiser l’accès aux marchés de l’électricité et constituent une importante contribution pour mieux intégrer les énergies renouvelables dans le réseau européen à moyen et long terme.
Est-ce à dire que le Luxembourg consommera de l’énergie nucléaire?
Pierre Wolff : Tout d’abord, il y a lieu de souligner que le marché de l’électricité est libéralisé et que chaque client peut se décider pour le fournisseur et le produit d’électricité de son choix. C’est le consommateur qui décide donc de sa fourniture, et le cumul de toutes ses fournitures donne le mix national, qui inclut actuellement une certaine quote-part d’énergie nucléaire. Considérant les discussions sur des interconnexions supplémentaires de notre pays aux réseaux de pays limitrophes, il y a lieu de préciser que la création d’une nouvelle ligne électrique n’implique pas ipso facto une consommation plus importante de l’une ou de l’autre forme d’énergie produite dans ce pays limitrophe. Ce n’est pas parce que vous ouvrez une route vers un pays limitrophe du Luxembourg que vous êtes obligés de consommer un produit spécifique de ce pays! La question de l’interconnexion est donc généralement indépendante de la question du type d’énergie achetée par les clients.
Avez-vous la même philosophie concernant l’approvisionnement en gaz naturel ?
Pierre Wolff : Notre philosophie est similaire à celle du secteur de l’électricité; se raccorder pour sécuriser notre approvisionnement et avoir accès au marché pour garantir des prix compétitifs. Notre pays dépend, sur base des données disponibles de l’année 2009, à 100% d’importations: 50% du gaz naturel que nous consommons vient de Norvège, 25% de Russie et 12,5% du Quatar. Nous avons deux connexions vers la Belgique, une vers l’Allemagne et une petite vers la France. Nous sommes en train d’analyser les aspects technico-économiques en vue d’une éventuelle interconnexion supplémentaire avec la France.
Quelle est votre politique quant aux énergies renouvelables ?
Pierre Wolff : Notre politique est de faire le plus de renouvelable possible sur le territoire national et de doubler la quote-part jusqu’en 2014, tout en essayant de maîtriser le coût de l’opération à moyen et long terme. Nous visons une politique de subvention durablement acceptée par le public.
Notre pays étant limité en ressources d’énergies renouvelables, nous devons encore, plus que dans le passé, nous concentrer sur les économies d’énergie, aussi bien dans le secteur des bâtiments que dans le secteur des transports. La réglementation en matière de performance énergétique des bâtiments et le certificat de performance énergétique, introduit dès 2008 portent leurs fruits. L’objectif est de construire, d’ici 2018, plus de bâtiments à consommation d’énergie quasi-nulle. La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas; il nous reste à innover dans ce domaine et combiner nos activités avec le développement économique de notre pays!
Quelques mots pour conclure ?
Pierre Wolff : La question énergétique est et restera un défi, spécialement pour un pays économiquement ouvert et pauvre en ressources énergétiques comme le Luxembourg. Il nous faudra trouver nos propres solutions dans ce domaine, tout en essayant d’intégrer au maximum les expériences des autres pays, notamment européens. Il s’agira de rendre notre approvisionnement plus durable, garantir la compétitivité des prix de l’énergie pour permettre un développement économique sain et maintenir voire améliorer la sécurité de l’approvisionnement de notre pays. Dans ce contexte, le grand défi sera de générer des retombées économiques positives pour le pays. Pour cela, nous essayons de mener une politique énergétique intégrée cohérente en créant une législation claire et efficace, en encadrant les secteurs pour se former, tout en établissant des liens entre la politique énergétique et la recherche et l’innovation. n
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