Les soins de santé Imprimer
Magazine Echo 2011-4

Le point de vue de l’Association Pharmaceutique Luxembourgeoise (APL)

L’ APL a été constituée à la demande du Ministre de la santé et de la sécurité sociale, monsieur Mars Di Bartolomeo qui désirait avoir un seul interlocuteur représentant l’industrie pharmaceutique au Grand-Duché de Luxembourg

A l’heure actuelle, l’APL regroupe 4 sociétés innovantes ayant un siège social au Grand-Duché, il s’agit de AstraZeneca, GlaxoSmithKline,MerckSharp&Dohme et Pfizer

Ces 4 firmes sont liées par une convention de collaboration qui crée une nouvelle association de fait appelée APL qui entend sauvegarder et stimuler les activités pharmaceutiques innovantes au Grand-duché de Luxembourg dans le respect de règles éthiques fondamentales dans ce secteur.

Dans un futur proche, l’APL s’élargira à l’ensemble des sociétés innovantes actives aux Luxembourg et représentera ainsi l’ensemble des acteurs actifs au Luxembourg.

En vue d'améliorer le climat politique propice à l’innovation pharmaceutique, l’APL a pour but de communiquer et se concerter avec les différentes instances publiques luxembourgeoises qui ont un impact direct ou indirect sur la régulation et le fonctionnement de l'industrie pharmaceutique et des soins de santé en général.

Les enjeux de la santé pour le futur

Dans tous les pays européens la gestion des soins de santé est et restera difficile dans l’avenir. La crise économique, les avancées technologiques coûteuses et surtout le vieillissement de la population sont autant de défis que tous les partenaires en soins de santé : Ministères de la santé et de la sécurité sociale médecins, hôpitaux, laboratoires d’analyse, firmes pharmaceutiques …. ET patients doivent relever ensemble. Le vieillissement de la population est la conséquence de notre évolution économique, de notre meilleur niveau de vie et des avancées de la médecine et du médicament. Néanmoins, cette longévité sera sans aucun doute responsable de la croissance des dépenses de santé. En 2050, 30 % de la population aura plus de 65 ans,10% d’entre eux plus de 80 ans et les maladies liées à l’âge telles que la maladie d’Alzheimer, le diabète, la bronchite chronique obstructive, le cancer verront leur fréquence augmenter de façon exponentielle. Prenons deux exemples, à l’heure actuelle, la prise en charge de la maladie d’Alzheimer représente 1% du produit intérieur brut mondial. Dans 30 ans, le nombre de personnes atteintes sera multiplié par 6. En 2050, 30 % des américains seront diabétiques et l’Europe suivra malheureusement la même évolution. Pour les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), c’est sur le front des maladies chroniques que se livreront les grandes batailles de demain. Tous les pays devront faire un effort budgétaire conséquent pour pouvoir faire face à cette demande croissante de prise en charge. 2050 c’est demain et nous devons nous y préparer.

La problématique du médicament

L’intérêt économique du médicament

A la première analyse, malades et autorités considèrent, généralement, l’usage du médicament comme un coût, les uns parce qu’ils payent dans les pharmacies, les autres parce que le médicament représente 12% du budget total des soins de santé des pays européens développés. L’APL tient à souligner que l’usage de médicaments lié à l’evidence based medicine ( la médecine basée sur les preuves scientifiques )permet d’éviter ou à tout le moins de freiner l’apparition de maladies graves qui entraînent des journées d’hospitalisation ou des handicaps autrement plus coûteux pour la sécurité sociale et pour les familles.

L’APL voudrait que l’on dépasse cette vue cloisonnée des coûts des soins de santé pour replacer le médicament dans une approche globale de la maladie.

En effet, grâce aux nouvelles approches thérapeutiques hospitalières, le séjour* des patients pourrait être écourté et la chirurgie ambulatoire prendre une place plus importante. Ceci entrainerait des gains substantiels pour la Sécurité Sociale et augmenterait la qualité de vie des patients. Par exemple, la durée moyenne d’hospitalisation (en jours pour incidents aigus, toutes pathologies confondues):est de 7,3au GDL et 6,5 en moyenne en Europe (Source : rapport OCDE 2008)

Le patient et son traitement

Si l’usage du médicament joue un rôle majeur dans la qualité de vie et évite l’apparition de troubles plus graves et plus coûteux, il est également vrai qu’il ne jouera ce rôle qu’à la condition que le patient suive son traitement correctement. Le malade a lui aussi sa responsabilité dans l’évolution de sa maladie

On peut par exemple s’interroger sur l’effet bénéfique d’une molécule à prendre quotidiennement qui ne serait ingérée qu’un jour sur deux. Par exemple: les patients omettant leurs prises de béta-bloquants ( médicaments souvent utilisés pour diminuer la tension artérielle) présentent un risque de maladie cardiaque ischémique 4.5 fois plus élevé par rapport à ceux qui ont observé une bonne compliance. (Référence : Psaty BM, Koepsell TD, Wagner EH, LoGerfo JP, Inui TS. The relative risk of incident coronary heart disease associated with recently stopping the use of beta-blockers. JAMA 1990;263(12):1653-7)

Dans ce cas de figure, le médicament remboursé représente donc un véritable coût pour la société puisqu’il ne protège pas le malade alors que d’autre part les boîtes achetées sont remboursées par les caisses de maladie

Il existe maintenant des technologies faciles d’emploi qui permettent au corps médical avec l’accord du patient de rappeler à ce dernier qu’il doit prendre son médicament.

De telles approches sont pour la plupart rentables sur le plan pharmaco-économique et l’APL est prête à discuter d’investissements dans ce sens avec les autres acteurs en soins de santé.

Le futur du médicament

L'innovation biopharmaceutique a changé la face du monde pour les patients : en 100 ans, ce ne sont pas moins de 35 années d'espérance de vie qui ont été gagnées. L'accès pour les patients aux innovations est possible grâce à une assurance maladie largement solidaire. Ce remboursement aux patients est indispensable, car le prix des innovations dépend des ressources nécessaires et des nombreuses années de recherche et de développement, et des exigences croissantes de sécurité et d'efficacité posées par les autorités. A l’heure actuelle, la mise sur le marché d’une nouvelle molécule a demandé un investissement de plus ou moins 1 milliard de dollars de la part d’une firme pharmaceutique

La recherche des firmes pharmaceutiques innovantes va accélérer le lancement de médicaments au mécanisme d’action de plus en plus ciblé qui permettront une efficacité et une tolérance accrues. L’oncologie et certaines pathologies orphelines sont les premières à bénéficier de ces avancées, à la grande satisfaction des thérapeutes et des patients.

L’APL plaide donc pour une politique qui préserve l’accès au remboursement des médicaments innovants qui, à moyen terme, seront sources d’économie

Le prix du médicament au Grand-Duché

Près de 80% du marché luxembourgeois est approvisionné par des médicaments d’origine belge.

Grâce au système de référencement belge, le Grand-Duché de Luxembourg profite automatiquement de prix de lancement intéressants âprement discutés avec les autorités belges ainsi que de diminutions de prix non seulement liées à la perte de brevet mais également pendant la durée du brevet.

La dernière diminution en date et d’application depuis le 1er avril 2010 a permis ainsi à la CNS une épargne supplémentaire annuelle de 5 millions d’euros dans le marché ‘ambulatoire, soit +/- 3% et de 1,9 millions d’euros dans le marché hospitalier, soit +/- 3.8%.

De 2010 à 2013, une diminution supplémentaire des coûts de 55,4 millions d’euros viendra encore s’ajouter aux diminutions déjà engrangées

La croissance moyenne du coût du médicament ces 10 dernières années a été de 5,4%, ce qui n’est pas excessif et est inférieure à la croissance totale des dépenses en soins de santé. Alors, s’il y a un problème budgétaire, ce n’est pas dû, en première instance, à une explosion du budget des médicaments. Néanmoins, malgré ce bulletin satisfaisant, l’APL tient à prendre ses responsabilités et apporter des solutions pour l’avenir afin de préserver l’accessibilité des médicaments à tous les Luxembourgeois.

La réaction de l’APL au projet de loi sur la réforme des soins de santé

La réforme doit être cohérente

Résoudre l’équation « médecine de qualité et budget contrôlé » ne peut se faire de la même manière dans tous les pays. Et les solutions appliquées dans des pays voisins ne vont pas toujours, loin s’en faut, dans l’intérêt du patient, ni de la société. La substitution, en particulier qui consiste à donner au pharmacien le droit de remplacer un médicament original prescrit par un générique, est loin d’être une expérience heureuse, que ce soit pour les médecins ou pour la sécurité sociale. Elle est difficile à mettre en place, et pose des grandes questions sur les responsabilités juridiques du médecin, du pharmacien et du patient. La substitution peut être financièrement intéressante suivant la structure de prix des médicaments originaux. En Allemagne, par exemple, les médicaments sont en moyenne 30% plus chers qu’au Grand-Duché. Pour ce dernier, l’APL souhaite explorer d’autres pistes.

« L’APL ne partage pas les idées concernant le médicament parues dans le projet de loi et s’oppose à cette approche de «cherry picking» qui consiste à aller chercher des mesures appliquées dans les pays voisins sans tenir compte de la situation Luxembourgeoise. L’idée de la substitution peut paraître à première vue financièrement intéressante mais elle vient d’être récemment abandonnée au Royaume-Uni principalement pour des raisons de sécurité au niveau du patient (confusion,bien-être, prescriptions répétitives etc..)»

Et d’ailleurs quel est l’intérêt d’appliquer la substitution dans un pays où les génériques ne sont pas forcément moins chers que les originaux? Il faut d’ailleurs se poser la question fondamentale de la raison d’être des génériques si elle n’est pas économique.

Le « buffer » pour maîtriser le budget…

Lors de ses entrevues avec le Ministre de la santé et la Caisse Nationale de Santé (CNS), l’APL a donc proposé d’oublier la substitution et de la remplacer par un « buffer ». Le principe est simple et s’articule en trois axes : concertation, responsabilisation et maîtrise du budget.

Le buffer repose sur une concertation entre la CNS et l’APL, qui chaque année se mettraient d’accord sur une croissance réaliste du budget des médicaments, basée sur des projections tenant compte de l’âge de la population, des diminutions de prix, des nouveaux traitements attendus, etc. »

Dans le futur la croissance réaliste des soins de santé devrait se se situer entre 3 et 4 pourcents. On pourrait effectivement envisager que le budget des médicaments se situe autour de ce même pourcentage. Si l’industrie pharmaceutique et la CNS se mettent d’accord sur un niveau de croissance, le dépassement budgétaire éventuel serait payé par les sociétés pharmaceutiques avec un plafond qui serait défini d’un commun accord avec la CNS . Les firmes paieraient ce dépassement au prorata de leurs chiffres d’affaires dégagé par les médicaments remboursables. Chaque année, le taux de croissance serait rediscuté sur base de nouvelles projections tenant compte des données les plus récentes

On le voit : les avantages du buffer sont multiples. Les autorités ont un budget fermé, le corps médical ne subit pas de contraintes sur sa liberté de prescription, les patients continuent de recevoir leurs médicaments habituels et – last but not least, cette mesure est applicable facilement et ne demande pas des mises en œuvre longues et coûteuses.

… et un fonds pour améliorer les soins de santé

Enfin, l’APL s’oppose également à l’idée d’une taxe sur le chiffre d’affaires des sociétés pharmaceutiques. « Cette taxe n’est pas une mesure structurelle mais symptomatique et ne s’inscrit pas dans une politique de meilleure prise en charge des patients. De plus elle ne ferait que freiner les investissements et diminuer l’emploi. A un moment où le gouvernement veut promouvoir le Grand Duché comme terre d’accueil pour de nouveaux investissements, cette nouvelle taxe donnera une image négative au niveau des maisons-mères. Par contre, pourquoi ne pas créer en association avec les autorités un fonds qui servirait à améliorer les soins et la santé du patient luxembourgeois : outils informatiques pour la gestion du dossier patient, outils pour améliorer le suivi du traitement, recherche clinique, etc… ? » Cela a beaucoup plus de sens, tant pour les patients, pour les autorités, que pour les sociétés pharmaceutiques, acteurs responsables dans le maintien d’un système de soins de santé accessible et de qualité.

Autant de propositions qui devraient rencontrer une écoute attentive auprès des autres partenaires. « Les discussions avec le Ministre sont toujours en cours et se déroulent dans un excellent climat. Nous espérons que nos idées progressistes, comme le buffer et le fonds lié au partenariat public-privé, vont supplanter les approches plus classiques qui induisent tôt ou tard une médecine à deux vitesses. » En d’autres termes, l’enjeu est de se diriger vers un système laissant la santé – et non le seul budget – au centre des préoccupations.

Conclusion

Au Grand-Duché nous jouissons d’une offre de sécurité sociale exceptionnelle par rapport aux pays voisins et d’une médecine de qualité. Dans l’avenir les meilleurs soins de santé doivent rester accessibles à tous, nous ne devons pas instaurer une médecine à deux vitesses, une médecine de riches et une médecine de moins riches tout en évitant une explosion budgétaire incontrôlable

C’est dans ce cadre d’une médecine de qualité pour tous que veut s’inscrire l’APL (Association Pharmaceutique Luxembourgeoise), regroupant les sociétés innovantes établies au Grand-Duché. Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités avec les autres acteurs en soins de santé afin de construire cette médecine de demain.

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